Apollo 12

Véhicules : CSM-108 "Yankee Clipper", LM-6 "Intrepid", Saturn V 507
Lancement : 14 novembre 1969, 11h22 EST, Pas de tir 39-A
Atterrissage : 24 novembre 1969, 15h58 EST
Durée de la mission : 244h36
Équipage principal :
CDR - USN CDR Charles Conrad, Jr.
CMP - USN CDR Richard F. Gordon, Jr.
LMP - USN CDR Alan L. Bean
Équipage de réserve :
USAF Col. David R. Scott
USAF Maj. Alfred M. Worden
USAF Lt. Col. James B. Irwin
Alunissage : 19 Novembre 1969, 1h54 EST
Coordonnées : 3,2°S - 23,4°W
Site d'alunissage : Oceanus Procellarum
Décollage : 20 Novembre 1969, 9h25 EST
Temps sur la surface lunaire : 31h31
EVA : 2 sorties = (1) 3h56 et (2)3h49
Pour un total de 7h45 d'activité extra-véhiculaire.

Apollo 12 fut la deuxième mission d'exploration lunaire, mais celle-ci faillit bien tourner à la catastrophe. En effet, le 14 novembre 1969, le ciel de Floride était recouvert de nombreux nuages. A 11h22, la Saturn V décolla du pas de tir 39-A, au KSC. Quelques secondes à peine après le décollage, la fusée fut frappée par la foudre. Dans le module de commande, l'alarme principale retentissait, et des voyants étaient allumés sur tous les panneaux concernant le système électrique.

De plus, l'air ionisé craché par les propulseurs avait conduit la décharge électrique jusqu'à la tour de lancement, sur une distance d'environ 6000 pieds.

Au Mission Control, à Houston, on envisageait le pire. Gerry Griffin, le directeur de vol, qui prenait en main sa première mission à ce poste, pensait fermement à lancer la procédure d'abandon, qui aurait séparé le module de commande de la Saturn V, et fait amerrir ce dernier dans l'océan. Tous les indicateurs indiquaient que les Fuel Cells 1, 2, et 3 (piles à combustibles qui fournissaient l'électricité au vaisseau) étaient défaillantes. Quelques secondes plus tard, une deuxième vague de signaux d'alertes retentit dans le module de commande. Cette fois, la plate-forme inertielle de guidage avait été perdue. Sans celle-ci, le vaisseau ne pouvait plus s'orienter dans l'espace. Le responsable de la console EECOM, John W. Aaron, était entre autre responsable des systèmes électriques du vaisseau. Après avoir analysé les paramètres sur sa console grouillante de signaux d'avertissement et après un bilan avec sa salle de soutien, il communiqua par l'intermédiaire du Capcom des instructions à l'équipage. Le Capcom Gerry Carr ordonna à l'équipage "Switch S-C-E to Aux". Le directeur de vol n'avait jamais entendu parler de cette commande, ni même l'astronaute Gerry Carr. Dans le vaisseau, le commandant Pete Conrad qui était pourtant sur son 3ème vol spatial et avait subi des mois d'entraînement concernant les systèmes du vaisseau, n'était lui non plus pas au courant de cette commande. C'est alors que le "bleu" Al Bean affirma à ses deux compagnons qu'il savait où se trouvait l'interrupteur SCE. Il l'enclencha et les signaux d'avertissement disparurent 1 à 1. Les Fuel Cells furent réinitialisées puis reconnectées, et tous les signaux d'alarmes disparurent. Grâce à Aaron, la mission Apollo 12 pouvait continuer.

Une fois en orbite terrestre (photo ci-dessus), le CMP Dick Gordon réaligna avec succès la plate-forme du vaisseau et Houston vérifia consciencieusement tous les systèmes du CSM et du LM. Tous fonctionnaient parfaitement. Après trois heures en orbite terrestre, Gerry Carr transmit à l'équipage : "12, the good word is you are Go for TLI". Le dernier étage de la fusée fut mis à feu une seconde fois pendant quelques minutes puis il fut stoppé. Apollo 12 était en route vers la Lune. Après la séparation entre le S-IVB et le CSM, et l'arrimage effectué, le voyage se déroula normalement.

Pendant le voyage, l'équipage retransmit également une émission télévisé. Sur l'image ci-dessus, on peut voir Pete Conrad se rasant à l'aide d'une mousse spécialement étudiée pour l'espace. En effet, sur les vols précédents, on craignait que la mousse cause des dommages au niveau des systèmes électriques. On développad onc une mousse à raser en tube spécialement destinée au vol spatial. Cette photo montre également la taille assez réduite du module de commande. Cependant, pour Conrad et Gordon, qui avait volé auparavant dans la cabine Gemini, le module de commande Apollo était bien plus confortable et surtout bien plus vaste. On pouvait même y effectuer quelques acrobaties...

Après environ deux jours de vol, le vaisseau fut ralenti avec le moteur-fusée SPS puis placé en orbite lunaire. L'équipage put ainsi observer un lever de Terre. Conrad lança à Bean : "Si t'as rien de prévu pour demain, pourquoi pas aller faire un petit tour sur la surface ?"

Désormais, il était temps d'activer tous les systèmes du LM. Une fois tous les systèmes vérifiés, les astronautes revêtirent leurs combinaisons spatiales. Après avoir souhaité un bon voyage à Conrad et à Bean, Dick Gordon verrouilla la trappe reliant le LM au CSM et les deux vaisseaux se séparèrent.

Pete Conrad et Al Bean commencèrent leur descente vers la surface lunaire pendant que Dick Gordon traquait le LM à tout moment. En effet, en cas d'abandon de la mission, il lui faudrait configurer tous les systèmes de guidage pour permettre le rendez-vous entre les deux vaisseaux. Le module lunaire devait alunir à quelques dizaines de mètres de la sonde inhabitée Surveyor III qui avait aluni en 1967 et qui avait pour but d'envoyer des photos et des informations sur la Lune. Lors d'Apollo 11, le LM avait alunit à plus de 6 km de la zone prévue, qui était trop rocailleuse pour tenter un alunissage. De plus, la NASA avait eu du mal à localiser précisément le site où se trouvait Armstrong et Aldrin. Avec Apollo 12, la NASA voulait montrer la précision et l'acuité des alunissages. Plus de hasard cette fois, et plus de site d'alunissage improvisé au dernier moment...

La descente se passa correctement, quand Bean hurla dans son casque "Here it is ! Here it is ! 42 degress, Pete ! That's amazing !". En effet, la procédure de guidage et la trajectoire planifiées sur Terre, à plus de 300,000 km des mois auparavant, avaient été parfaite. Les astronautes alunirent seulement à quelques mètres d'une minuscule sonde. Un exploit incroyable. Quelques heures après l'alunissage, Pete Conrad sortit du LM et déclara, pour son premier pas sur le sol lunaire : "C'est peut-être un petit pas pour Neil, mais c'est un grand pas pour moi !". Cette déclaration collait parfaitement à la personnalité de Pete Conrad, un brillant aviateur dans l'U.S. Navy, devenu un pilote d'essai extrêmement qualifié puis astronaute. Avec Conrad, l'humour était toujours au rendez-vous, même lorsqu'il était dans des situations risquées. L'équipage d'Apollo 12 était le plus soudé des équipages Apollo. Conrad et Gordon avait volé ensemble sur Gemini et se connaissaient depuis le temps où ils avaient effectué une campagne ensemble dans la Navy, ils partageaient la même chambre sur le porte-avion. Gordon était devenu le meilleur ami de Conrad. D'autre part, Conrad avait rencontré Bean à Patuxent River, le centre d'essai en vol de la Navy, et l'avait poussé à postuler pour le poste d'astronaute. Les trois hommes étaient vraiment ami. Le matin, avant les simulations et l'entraînement pour le vol, ils se racontaient leurs soirées. Ils faisaient des sorties ensemble et passaient la plupart de leur temps tous les trois. Conrad avait même dégoté trois Corvette couleur "or" identiques chez un vendeur de Floride, qu'il avait fait estampillé CDR, CMP et LMP. Plusieurs années après le vol, Bean déclara que le meilleur souvenir qu'il garderait de la mission était le fait d'avoir voyagé avec Conrad et Gordon.

Quelques minutes après la sortie de Conrad, ce fut au tour de Al Bean (photo ci-dessus). Les deux hommes restèrent 31 heures sur la Lune, et récoltèrent 34kg de roches dans l'Océan des Tempêtes. Bean déploya une antenne pour les télécommunications (photo ci-dessous à gauche) ainsi que l'ALSEP (Apollo Lunar Surface Experiments Package), qui contenait les diverses expériences qu'ils devaient installer sur la Lune. L'ALSEP comprenait un séismographe entre autres...

  

Bean détacha également quelques pièces de Surveyor III pour les ramener sur Terre (photo ci-dessus à droite). Les deux hommes effectuèrent également de nombreuses expériences scientifiques et collectèrent de nombreux échantillons de roches lunaires. En effet, le temps passé en dehors du LM, c'est-à-dire les sorties extra-véhiculaires, était de 7h45, par opposition aux 2h30 de Buzz Aldrin et Neil Armstrong. On peut ainsi dire que l'exploration commença réellement lors d'Apollo 12.

Sur la photo ci-dessus, on peut voir Al Bean portant un container spécial destiné à mesurer les isotopes présents dans les roches lunaires.

Après 31h passées sur la Lune, dont 7h45 en dehors du vaisseau, Conrad et Bean redécollèrent de la Lune. Quelques années après la mission, Bean déclara que Pete Conrad lui avait laissé piloter le LM quelques minutes en orbite lunaire avant le rendez-vous avec le module de commande. En général, lors d'une mission, c'est le commandant qui est chargé du pilotage du LM. Exceptionnellement, Bean pris donc les commandes. Par erreur, il poussa le manche dans la mauvaise direction, et le LM se mit à tournoyer. L'équilibre fut très vite rétabli. Bean déclara qu'il allait se faire taper sur les doigts par les gars de Houston de retour sur Terre. Mais Conrad rétorqua :"T'inquiète pas, on est sur la face cachée de la Lune, ils ne peuvent pas nous voir. Personne ne le saura". Après cette anecdote, le rendez-vous se passa bien, Conrad et Bean retrouvèrent leur coéquipier resté seul autour de la Lune, et les trois hommes prirent le chemin de la Terre après avoir largué le LM.

 

La rentrée dans l'atmosphère se déroula correctement malgré les 6G que durent supporter l'équipage. En revanche, un problème survint lors de l'ouverture des parachutes. Avec le choc, un caméra mal rangée tomba sur le front d'Al Bean, qui perdit conscience quelques instants. Cet incident fut sans gravité, mais Bean déclara qu'à quelques centimètres près, elle aurait pu lui ouvrir le crane. Avec l'habitude de l'apesanteur, Bean avait mal calé la caméra...

Après la récupération, Conrad, Gordon et Bean enfilèrent leurs combinaisons étanches de façon à éviter la propagation de bactéries lunaires susceptibles de contaminer la Terre. Ils furent ensuite conduits directement dans la Mobile Quarantine Facility puis transporter du porte-avion U.S.S. Hornet qui les avait récupérés jusqu'au Lunar Receiving Laboratory à Houston pour une quarantaine de 21 jours, comme celle subit par leur collègues d'Apollo 11. Il se révèla par la suite qu'aucune bactérie n'était présente sur la Lune...

 

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Certaines photographies de cette page sont extraites du livre "A man on the moon", d'Andrew Chaikin, publié chez Time Life.